Publiée en 2023, l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle (EQDEM) a déterminé qu’environ un enfant sur trois était « vulnérable » dans au moins un domaine du développement à son entrée à la maternelle. Ce chiffre en augmentation continue inquiète les experts de la petite enfance.
L’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle (EQDEM) est une étude effectuée tous les 5 ans auprès d’enfants de la maternelle, afin d’obtenir un rapport détaillé sur le taux de vulnérabilité de ces jeunes enfants dans les domaines de développement suivants :
- la santé physique;
- les compétences sociales;
- la maturité affective;
- le développement cognitif ou langagier;
- les habiletés de communications et les connaissances générales.
Un jeune est donc considéré « vulnérable » lorsqu’il présente des lacunes dans l’un ou plusieurs de ces domaines, qui ont été définis par l’Oxford Centre for Child Studies de l’Université McMaster en Ontario lors de la création l’instrument de mesure du développement de la petite enfance (IMDPE).
(Source : Programme-cycle de l’éducation préscolaire, ministère de l’Éducation)
Un grand échantillonnage pour une grande enquête
Réalisée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la troisième édition de l’EQDEM reposait sur un grand échantillonnage d’enfants. La vaste majorité des écoles, publiques et privées, francophones et anglophones, étaient prises en compte pour la recherche qui s’est étendue sur l’année scolaire 2022-2023. Seule une infime partie des enfants n’ont pas fait partie du calcul, soit ceux fréquentant la maternelle 4 ans, les commissions scolaires crie et Kativik, ainsi que les élèves ayant des besoins particuliers et les élèves fréquentant une école spécialisée.
Les résultats de l’EQDEM
Les résultats de cette enquête, également diffusés dans l’article de La Presse, Les jeunes «vulnérables» en hausse à la maternelle, permettent non seulement de connaître la proportion de jeunes vulnérables à la maternelle, mais également les enfants les plus touchés par cela. On remarque alors que les garçons sont considérés comme plus « vulnérables » (35,6%) que les filles (21,6%), tout comme 34,8% des plus jeunes (enfants de moins de 5 ans et 9 mois à leur entrée à la maternelle) ont au moins un domaine de vulnérabilité, contrairement aux élèves plus vieux, avec 23,3%. Il a aussi été démontré que les enfants dans les écoles défavorisées sont plus à risque d’avoir des retards d’apprentissage (33%) que ceux des écoles favorisées (27%), de même pour les jeunes issus de l’immigration (37,3%) à l’inverse de ceux nés au Canada (28%).
Au total, 28,7% des enfants à la maternelle présentent des difficultés d’apprentissage. Malgré ce nombre élevé, on relève une certaine disparité entre les régions du Québec, où les unes sont jusqu’à cinq points au-dessus de la moyenne provinciale et les autres, jusqu’à quatre points en dessous.
Quelques proportions de vulnérabilité à la maternelle selon la région
| Proportions les plus élevées | Proportions les moins élevées | ||
| Région | Taux(%) | Région | Taux(%) |
| Laval | 33,9 | Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine | 24,3 |
| Côte-Nord | 32,8 | Chaudière-Appalaches | 24,8 |
| Outaouais | 32,2 | Capitale-Nationale | 25,2 |
| Estrie | 30,2 | Bas-Saint-Laurent | 25,0 |
Pourquoi ces données sont-elles si alarmantes ?
Comme il a été mentionné plus haut, l’EQDEM est mené chaque 5 ans. Avec la première édition de cette enquête, produite en 2012, la seconde en 2017 et la troisième, dont il est question ici, en 2022, le cumul des données recueillies à travers le temps permet d’établir d’autres constats sur le développement des tout-petits en les comparant.
En effet, en 2012, la proportion de vulnérabilité à la maternelle était de 25,6%, un chiffre s’élevant à 27,7% en 2017, puis à 28,7%. En l’espace d’une décennie, le Québec est passé à un peu plus d’un enfant sur 4 en difficulté du développement à presque un enfant sur 3. Cette augmentation d’environ trois points est troublante, certes, mais, pour nuancer, il est important de préciser que la majeure partie de cette augmentation a eu lieu entre 2012 et 2017 avec une 2,2%, alors qu’entre 2017 et 2022, elle a été de 1% uniquement. Par conséquent, bien que la différence entre les résultats publiés à la première édition de l’enquête et son édition la plus récente soit frappante, ce n’est pas le seul élément qui perturbe les experts de la petite enfance. Ce qui est le plus inquiétant, c’est la montée incessante de ces chiffres et le fait qu’ils ne semblent pas sur le point de diminuer.
(Source : Institut de la statistique du Québec)
Comment la vulnérabilité dans l’un des domaines du développement peut-elle nuire à l’enfant ?
D’après l’ISQ, un enfant désigné comme étant vulnérable devra affronter des défis plus colossaux sur les plans scolaire, moteur, relationnel et émotionnel. « [Il] pourrait, par exemple, vivre des difficultés à travailler de façon autonome, à attendre leur tour ou encore à faire appel à leur imagination lors d’un jeu », tel qu’on peut le lire sur leur plateforme Web, « […] ce qui signifie qu’il est susceptible d’être moins bien outillé que les autres pour profiter pleinement de ce que l’école a à lui offrir » selon l’Observatoire des tout-petits (OTP), qui a collaboré aux trois enquêtes. On comprend alors que tous les enfants ne commencent pas leur parcours scolaire du même pied, ce qui pourrait les fragiliser et impacter le niveau d’études auquel ils parviendront à l’âge de 22 ans.
La solution : agir tôt
Sans équivoque, la pandémie de COVID-19 a eu un impact important dans le développement des jeunes enfants, quoiqu’il serait complexe de le quantifier. Le port du masque, le confinement et toutes les mesures instaurées ont réduit les contacts et les expériences que ces tout-petits auraient dû avoir avec le monde extérieur. En outre, quand on regarde les statistiques fournies par l’ISQ, on comprend que plusieurs autres facteurs influent sur leur vulnérabilité, tels que les conditions de vie familiale ou encore le fait de vivre dans un milieu défavorisé pour ne nommer que ceux-ci.
Alors, que faire pour remédier à cela ? De l’avis de Julie Cailliau, directrice de l’OTP, « il faut améliorer l’accès à des services de garde de qualité et réduire les écarts entre milieux favorisés et défavorisés », ajoutant que « l’enjeu du logement a aussi un gros impact […] sur le développement des enfants » dans une entrevue accordée à La Presse lors de la publication de l’EQDEM à la mi-octobre. Dans les milieux moins nantis, envoyer l’enfant à la maternelle 4 ans est une option qui s’offre aux parents afin de stimuler l’enfant plus tôt et ainsi optimiser son développement.
À plus grande échelle, quelques programmes sont mis en place pour accélérer le dépistage de retard du développement chez les jeunes enfants et leur apporter l’aide nécessaire. Par exemple, le programme Agir tôt, qui cible les tout-petits de 0 à 5 ans, a pour but d’identifier le plus rapidement possible les signes annonciateurs de troubles du développement pour intervenir auprès d’eux et de leurs parents en les dirigeant vers des experts qui assureront un suivi gratuit sur la base volontaire des parents.
En conclusion, la hausse de la proportion de facteurs de vulnérabilité chez les jeunes enfants devrait, oui, alerter la population, mais surtout, la pousser à mieux s’équiper pour soutenir ces tout-petits afin qu’ils gardent espoir qu’un jour, à chances égales, ils deviendront grands.
Salut !
J’espère vraiment que L’Exemplaire vous aidera à rester informé de ce qui se passe autour de vous parce que la planète tourne plus vite qu’on pense !
Alexandra 🙂

J’ai beaucoup aimé ton article. Mais de mon point de vue, je pense que ce n’est pas un problème qui a besoin d’une solution en tant que telle. Je pense que l’on pourrait le considéré comme une conséquence de l’immigration et du fait que certaines régions sont plus laissées à l’abandon à cause de leur «inutilités» économique et sociale (dans le sens moins importantes et moins impactantes). De plus, ayant été un enfant «vulnérable» (dans le domaine social et langagier), c’est un souci qui a une possibilité de se résoudre tout seul. Certes pour certaines personnes il faut agir, mais à force de trop faire, on en fait moins.